pigu

28 mars 2014

Mon empire pour de la poussière

Aśoka Maurya, souverain depuis le Brahmapoutre jusqu'aux confins de la Perse, ne l'était que grâce à un don, assez modeste, offert au Bouddha dans l'enfance d'une vie antérieure, quatre siècles auparavant. L'un des empires les plus vastes de l'antiquité n'a coûté à son empereur, à en croire la parabole dont on va s'occuper, qu'une poignée de terre.

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Le chapiteau aux lions d'Aśoka, emblème national de l'Inde

Source

On aurait supposé que cette bonne affaire ferait d'Aśoka un bouddhiste fervent, mais si l'Aśoka historique a bien été au moins un protecteur du bouddhisme, il l'a été aussi par exemple du jaïnisme. Malgré l'image du patron et prosélyte que perpétuent les sources bouddhistes, on doûte même qu'il se soit converti à cette religion, ou d'ailleurs à quelque autre.

foucher

L'aumône de poussière. Musée de Calcutta.

Source: Foucher, L'art gréco-bouddhique du Gandhâra, p. 517

C'est en tout cas des sources bouddhistes qu'on s'occupe ici, en premier lieu de l'Aśokāvadāna, le premier texte à racconter l'histoire de l'aumône de poussière. L'Aśokāvadāna fait partie du Divyāvadāna, une collection de contes bouddhistes datant possiblement du IIe siècle après J-C. Le symbolisme de la poignée de terre donnée en aumône, puis devenue « toute la terre  » du monde indien est absent dans l'autre source ancienne pour la biographie d'Aśoka, le Buddhavaṃsa, où l'« antécédent  » qui vaut à Aśoka son royaume est bien un don, mais de miel, une substance plus noble que de la poussière. Strong voit ici le Buddhavaṃsa, texte écrit sous tutelle royale en Sri Lanka, réticent à associer un grand roi à un don « impur  », tandis que l'Aśokāvadāna, produit sans soutien princier et concerné avant tout avec la mécanique de la rétribution karmique, se soucie moins de la dignité royale.

Les deux textes sont pourtant plus ou moins d'accord sur une autre légende, dont on parlera aussi : la redistribution des reliques du Bouddha, conservées depuis sa mort dans huit « seaux  » (droṇa), dont un avait fini par s'enfoncer sous un fleuve et se retrouver chez les nāgas. Après ramasser ces reliques, non sans difficulté (les nâgas notammant n'ont voulu se dessaisir de leur partie), Aśoka les redistribue dans 84 000 stūpas qu'il fait ériger, et dont la construction finit simultanément (dans l'Aśokāvadāna, une éclipse de soleil, produite miraculeusement pour l'occasion, signale la date aux chantiers parsemés dans tout l'empire). La légende voulait peut-être expliquer ainsi la présence d'un grand nombre de stūpas partout dans l'Inde, dont seuls quelques-uns ont survécu jusqu'à nous jours.

Le récit de l'aumône de poussière connaît plusieurs versions dans des textes plus tardifs, mais dans l'un d'eux, le Sūtra du sage et du fou, il prend une tournure impressionante. Quand le Bouddha accepte l'aumône de l'enfant et prédit les bienfaits du roi protecteur de la foi qu'il deviendra, dont notammant la redistribution des reliques, son disciple Ānanda demande : mais le Bouddha, lui, qu'à-t-il fait pour mériter qu'on prodigue autant d'attention à sa dépouille ? On remonte alors encore plus loin le cycle des transmigrations jusqu'à trouver une explication aussi « sympatique  » que l'histoire de la poussière, un incident passé aux détails rimant avec ceux du présent qu'on explique.

Le Sūtra du sage et du fou 賢愚經 Xián yú ­jīng (Taishō 202) est une collection de jātakas (ou d'avadānas), récits sur des vies antérieures du Bouddha, préparée au Ve siècle par des moines de Liangzhou 涼州, alors sous les Wei du Nord (Běi Wèi 北魏), sur la base des histoires qu'ils avaient « entendues  » dans le royaume de Khotan, à l'époque centre majeur du bouddhisme centre-asiatique. Malgré les maintes détails qu'ils fournissent sur l'histoire du texte ("voyage d'études" d'huit moines au Khotan, collation de leurs versions, édition et choix du titre par Hui Lang 慧朗), les sources chinoises n'expliquent pas s'il s'est agi d'une traduction d'une source indienne, ou d'une compilation originale chinoise élaborant les enseignements reçus à Khotan. Victor Mair, l'auteur d'une analyse fondamentale sur ce soutra, signale la disparité et manque d'organisation du texte, les contrastes entre les contes individuels, en longueur, style et langage (notamment dans le traitement des mots empruntés), ce qui fait penser à une compilation chinoise de sources diverses. Il signale aussi pourtant qu'il existe de bons candidats pour une source textuelle, organisée, qui aurait formé la base (mais non l'intégralité) du texte du Sage et le fou (à savoir la Jātakamālā de Haribhaṭṭa ; la Daśakarmapathāvadānamālā ouïghoure, peut-être tocharienne ; le Jātakastava khotanais). Le texte chinois contient des traces d'une transmission dans un accent centre-asiatique (khotanais ou autre) des noms propres et termes techniques bouddhistes indiens, mais la langue des sources (orales ou écrites) à Khotan, et celle dans laquelle elles ont été communiquées aux moines chinois, reste un mystère.

La version tibétaine du Sūtra du sage et du fou s'appelle mDzangs blun zhes bya ba'i mdo. Le traducteur, Chos grub ou Chos 'grub (en chinois 法成 Fǎ Chéng), se trouvait à Dunhuang 敦煌 pendant les dernières décennies de l'occupation tibétaine, dont les autorités l'estimaient assez pour lui accorder le titre de Bod chen po'i chab srid kyi shu chen gyi lo sa ba ou "Grand traducteur et réviseur du royaume du Grand Tibet". Même après le retour au contrôle chinois, moyennant le IXe siècle, Chos grub a continué à enseigner à Dunhuang. Il y a de bonnes raisons de soupçonner que Le sage et le fou tibétain est une traduction du chinois, mais il ne correspond pas trop bien à aucune des versions chinoises conservées aujourd'hui.

Il existe quatre traductions mongoles de la version tibétaine, dont une en oïrat dans l'"écriture claire" que le traducteur, Caya Bandida (sanscrit Paṇḍita) Namqayiǰamso (tib. Nam mkha'i rgya mtsho, le tout en cyrillique Зая Бандид Намхайжамц), avait lui-même créée pour cette langue. La plus ancienne de ces traductions reste toujours la plus répandue. On lui a donné le titre Üliger-ün dalai Үлгэрийн далай ou 'océan des histoires', sous lequel elle est devenue très populaire en Mongolie, où des éditions continuent à paraître.

Le traducteur est Siregetü Güüsi Čorǰi Ширээт Гүүш Цорж, un lama probablement tibétain envoyé en Mongolie par le troisième Dalaï-lama bSod nam rGya mtsho, dont il était disciple, pour devenir le premier abbé du monastère Siregetü ǰuu keyid (Ширээт зуу хийд, 席力图召 Xílìtú zhào) fondé en 1585 par Sengge Dügüreng Сэнгэ Дүүрэн, khan des Tümed (tribu mongole sud-occidentale), à Hohhot (Kökeqota Хөх хот, 呼和浩特 Hūhéhàotè). Après la mort du troisième Dalaï-lama, Siregetü a aussi participé à l'identification de la réincarnation suivante du Dalaï-lama, la seule à se produire en Mongolie, dans Yon tan rGya mthso. Le temple existe toujours. Le nom de Siregetü, censé traduire le tibétain khri pa 'thrône', fait allusion, selon Mala, au fait que le troisième Dalaï-lama, le considérant son égal, l'aurait invité à s'asseoir dans son siège ; güüsi doit être le titre chinois 國師 guóshī.

Siregetü est toujours parmi nous, s'il faut croire la liste de ses réincarnations. L'onzième et actuelle, de son nom chinois 吉格木德·希日布·扎木苏 Jígémùdé Xīrìbù Zhāmùsū (vraisemblablement 'Jigs med Shes rab rGya mtsho en tibétain, J̌igmed Širab J̌amcu Жигмэд Шарав Жамц en mongol), né en 1943 à Guinan 贵南 dans le Qinghai, a été rétabli dans ses fonctions officielles dans son monastère à Hohhot dans les années 80. Il a même aidé à des recherches sur son œuvre onze générations en amont, notammant celles d'Agata Bareja-Starzyńska, auteur d'un étude et traduction célèbres

khenposodargye

L'aumône de poussière 小兒施土

Pris d'ici, mais probablement provenant du Cours de bouddhisme pour enfants《儿童佛教课》Értóng fójiào kè du Khenpo Sodargye (mKhan po bSod dar rgyas, 索达吉堪布 Suǒdájí kānbù)

Je traduis cette histoire depuis la version mongole de Siregetü, selon une édition de Mongolie Intérieure (éditée par Erkimbayar 额尔很巴雅尔 Эрхэмбаяр et titrée Üliger-ün dalai 故事选, Pékin : 民族出版社, 1986) avec l'aide des versions chinoise (T. 202) et tibétaine (depuis les canons de Lhasa et de Dergé), de l'Aśokāvadāna sanskrit et une de ses traductions chinoises (celle du Parthe 安法欽 Ān Fǎqīn, le Āyù wáng zhuàn 阿育王傳 T. 2042), et des traductions (du tibétain) allemande de Schmidt et russe de Parfionovitch (je n'ai pu consulter l'anglaise de Stanley Frye). J'ajoute quelques notes avec des commentaires sur les différences entre ces versions, ainsi que sur certaines questions de vocabulaire, notammant sur des noms propres mongols empruntés à d'autres langues. Après la traduction je donne le texte mongol.

Histoire de l'empereur Aśoka
Voici ce que j'ai entendu : une fois, le Bouddha, le Vainqueur Transcendant1, se trouvait dans le jardin d'Anāthapiṇḍada2, dans le parc du prince Jeta3.
Alors que le Bouddha était allé en tournée d'aumône4 avec Ānanda5, sur leur chemin il y avait quelques petits enfants qui jouaient à bâtir des maisons et magasins6 et comptaient des bijoux. L'un des enfants, voyant le Bouddha venir de loin, pensa en s'en réjouissant7 : « je ferai une offrande  ». Il prit alors une poignée de la terre avec laquelle ils bâtissaient ce magasin, et il allait l'offrir au Bouddha, mais, comme il était petit, il n'y atteignit pas ; alors il s'addressa à un autre enfant : « Penche-toi, que je puisse monter debout sur ton dos et mettre cette terre dans le bol  ». Alors le deuxième enfant, faisant selon ses paroles, se pencha et laissa l'autre lui monter sur le dos et offrir cette poignée de terre au Bouddha.
Le Bouddha la reçut et la lui fit verser dans le bol. Il prit le bol et le donna à Ānanda, en lui ordonnant : « écrase cette terre et enduis-en le temple  »8.
Il prophétisa : « Oh Ānanda, à cause du mérite [généré] quand ce petit enfant m'a offert, d'un cœur heureux, une poignée bien remplie de terre dont on vient d'enduire le temple, cet enfant renaîtra, cent ans après [mon]9 nirvā­­ṇa, comme un empereur nommé Aśoka10. L'enfant qui s'est penché se réincarnera en son ministre. Il conquerra le Jambudvīpa11, et il fera honorer partout la connaissance des Trois Joyaux12. Ainsi se répandra la vénération des reliques [du Bouddha]13. On construira simultanément quatre-vingt-quatre mille reliquaires14 dans le Jambudvīpa.  »
Ānanda, très heureux, s'adressa au Bouddha, le Vainqueur Transcendent, en ces paroles : « Quel mérite a fait autrefois le Bouddha Ainsi-venu pour qu'on lui construise un tel nombre de reliquaires ?  »
Le Bouddha répondit : « Écoute, concentre ton esprit. Je t'instruirai. Il y a des kalpas15 innombrables16, il y avait un empereur nommé le Puissant-éclairé17. Sous cet empereur il y avait quatre-vingt-quatre mille roitelets, et pendant son règne un Bouddha nommé Pu­­­ṣya18 est venu au monde. Cet empereur et ses ministres et fournissaient les quatre nécessités19 à offrir au Bouddha et la communauté des moines20. C'était ainsi qu'alors l'empereur et tous les gens du pays allaient toujours21 vénérer le Bouddha, le priaient et honoraient et lui faisaient des dons. Mais comme les autres roitelets ne pratiquaient pas la vertu, il songea à convertir ces petits rois et sujets des frontières : 'Peignons des images du Bouddha et donnons-les aux rois mineurs'. Puis il rassembla un grand nombre de peintres et leur ordonna : 'Vous allez tous dépeindre le corps du Bouddha'. Les peintres arrivèrent en présence du Bouddha. Mais lorsque, après observer ses traits, ils se disposaient à les représenter, [à chaque fois] un trait différait [de l'original]22 : ces peintres ne réussirent donc pas à le représenter. Alors le Bouddha mélangea lui-même les gouaches et peignit une image. Les peintres alors, regardant cette image, en firent quatre-vingt-quatre mille copies. On les envoya aux roitelets, une à chacun, en transmettant ce décret : 'Vous, rois, et tous les sujets de l'empire, prierez et vénérérez ces images du corps du Bouddha, avec des fleurs, de l'incens et toute sorte d'offrandes.' Ce fut ainsi que les sujets de l'empire, voyant ces images du Tathāgata, en éprouvèrent une grande joie, et firent des offrandes devant elles, les priant en honorant.
« Ô Ananda, l'empereur Puissant-éclairé d'alors, est maintenant, à cause de ces événements, devenu moi. Grâce au mérite d'avoir faire peindre quatre-vingt-mille images du corps du Tathāgata et les envoyer aux roitelets, il se réincarna toujours désormais en Śakra23, l'empereur du ciel le plus haut, jusqu'à atteindre, aujourd'hui, la manifestation ornée des trente-deux signes et les quatre-vingts marques du Bouddha. Après le nirvā­ṇa on fera donc construire quatre-vingt-quatre mille stoupas pour ses reliques."
En écoutant ces paroles du Bouddha, Ānanda et ses nombreux compagnons se réjouirent énormément.

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Le Bouddha Puṣya aide à peindre son image. Grotte 34 à Kizil.

Dessin de Zhu Tianshu 朱天舒 dans Tianshu Zhu, "Reshaping the Jātaka Stories: from Jātakas to Avadānas and Praṇidhānas in Paintings at Kucha and Turfan", Buddhist Studies Review, Vol 29, No 1 (2012)

Voici le texte mongol de l'édition d'Erkimbayar,

erkimbayar0

erkimbayar1

erkimbayar2

et mes transcriptions de ce texte, en BJR (Balk-Janhunen Romanization, plus précisément dans la version de Balk),

vasugae qaqav u jujil
vjiv gamav mivu suvusuqsav vigav caq tur . vilaczu tagus vuigcigsav burqav vavu vilaquqci qav guibaguv u cacaglig tur vidagal vuigai vidagav vuigligae tu jiv bayasqulavg uv guiriyav dur saquv vabai : tara caq tur vilaczu tagus vuigcigsav burqav vavavda luq'e vigav'e {bivwvuv} dur vuduqsav tur targagur (jam) tur vivu vigav gaduv vuicugav guibaguv . savg uv gar bae bajisivg gigat i busqaczu vrdevis uv savg i tuqulaczu (tuqhalaczu) vaqaduv saquv vamui : vigav guibaguv vivu burqav i qula vca viragui ji vuiczaczu masi bayasuqat « buyav vrgusugai  » gamav satgiczu . sirui bar savg bulqav talbiqsav tara sirui vca vigav vatqu sirui vabuqat burqav dur vrgubasu . guibaguv vuicugav u tula vsa guirbai . tara guibaguv . tara guibaguv ijav « ci buigujiczu bajiqtaqui . bij civu tagar'e gisgiczu vva sirui ji badir vayaqav dur gisugai  » gamav vuigulagsav dur . tara guibaguv taguvu vuigae bar buigujiczu bajiqsav dur . tara guibaguv taguvu muiruv tagar-e qaruqat . vigav vatqu sirui ji burqav dur vrgugui dur . burqav bar vmuva vca vuqduczu badir vayaqe dur ijav gilgaczu vabubai : vabuqat vavavda dur vuigcu . « ci vva sirui ji vuquczu (nuquczu) suim'e jiv gajit tur suircigdagui  » gamav jarliq buluqat . « vavavda ve . vva vuicugav guibaguv bayasqulavg satgil ijar vadur vatqu tuiguravg sirui vrgugsav vguvi suim'e dur suircigsav u buyav u vaci bar virwav bulczu . jaquv vuv buluqsav u qujiva tara guibaguv vasugae (vashukae) varadu qaqav buluv tuiruczu . buigujiczu bajiqsav guibaguv taguv u tuisimal buluv tuiruczu . cambudiib i vczalagat . qurbav vrdavis uv vrdam ut i qamuq tur valdarsiqulczu buir uv : saril (sharil) dur bar talgaravggui'e tagimui i'e : cambudiib tur bar vaimav tuimav tuirbav mivgqav suburqav i vigav caq tur vgutgu buluyu  » gamav jarliq buluqsav dur . vavavda bayasuv bisiraczu . vilaczu tagus vuigcigsav burqav'e vjiv gamav vuicibai « taguvcilav viragsav burqav vrda yambar buyav vujiladugsav ijar saril dur bar tadui suburqav vgutgamui  » gamav vuicibasu . burqav jarliq bulur uv :: « sajidur suvusuqat vuyuv dur ijav tuqdaqaqdaqui . bij cimadur vumlasuqai : vrda tuq'e tumsi vuigai galab uv vurida vavu vva cambudiib tur tagiv cidaqci varadu qaqav builugae : tara qaqav dur vaimav tuimav tuirbav mivgqav vuiqugav qat builugae . tara qaqav u caq tur burs'e varadu burqav yirdivcu dur vuigada bulczu viragsav dur . tara qaqav u tuisimal lugae salda tuirbav jujil garaglagdaguv i baladugat . burqav bae vayaq qa tagimlig ut uv quwaraq ut tur vrgubai : tara caq tur tara qaqav bae vulus dagiv qamuq guimus vivu vasu turqaru burqav i tagiv muirgugat vrguv guivdulamui i'e : busut vuicugav qat vavu buyav i vuilu vujilatgu vaczuqu . tadagar giczaqar tagij vuicugav qat bae vulus virgav i vum dur vuruqulqu jiv tula < burqav u guirug i jiruczu vuicugav qat tur vuigsugai > gamav satgiczu . vulav jiruqaciv i quriyaczu jarliq bulur uv :: < ta buiguda burqav u bai'e ji sajidur jiruqdaqui > gamav jarliq buluqsav dur . tadui tadagar jiruqaciv vavu burqav u viduv vitda (niduv u vmune) vuduqat . burqav u balgae ji vuiczaczu jiruqui dur ijav balgae ji jirubasu vigav i vadali vsa buluqsav dur . jiruqaciv vavu jiruczu vsa cidabai : tadui burqav vuibar ijav buduq ut baladugat . vigav guirug i jiruczu vuiggugsav dur . tadagar jiruqacit vavu tara guirug i vuiczagat . vaimav tuimav tuirbav mivgqav tagus balgae tu guirug ut i jiruczu . vuicugav qat tudum dur viczagat tudum guirug i vuigcu vilagagat . vjiv tuvgqaq tarqabai : < ta qat bae qamuq vulus virgav buigudagar vdagar burqav u bai'e guirug i cacag ut ijar bae guiczis ijar bae qamuq garaglagdaguv ijar tagiqat muirgugdagui > gamav tuvgqaq tarqaqaqsav dur . tadagar vulus virgav vivu taguvcilav viragsav u bai'e jiv guirug i vuiczagat masi bayasuv bisiraczu vrguv guvdulav tagibai : vavavda ae . tara caq tara vucir tagij gagagav cidaqci qaqav gamabasu vdugae bij buyu i'e : tara caq tur vaimav tuimav tuirbav mivgqav taguvcilav viragsav u bai'e ji jiruczu qamuq vuicugav qat tur vuiggugsav buyav u vaci bar qab qamiq'e tuirubasu . tagadu viczaqur tu tvgris qaqav qurmusda buluv tuirugat . jisu vuivggae lugae taguldar buluqat . vdugae quciv quyar balgae bae vayav sajiv vuiligar ijar cimagsav vilada tuqulczu . burqav u quduq vuluqsav builugae : virwav bulbasu bar saril dur . vaimav tuimav tuirbav mivgqav suburqav vgutgaguluyu :  » burqav tajiv gamav jarliq buluqsav dur . vavavda bae vulav vuigut vilada bayascu taqav bisirabai :

selon le système traditionnel

Ašoka qaɣan-u ǰüil
Eyin kemen minü sonosuɣsan nigen čaɣ-tur, ilaǰu tegüs nögčigsen burqan anu ilaɣuɣči qan köbegün-ü čečeglig-tür itegel ügei idegen öglige-tü-yin bayasɣulang-un küriyen-dür saɣun abai. Tere ĉaɣ-tur ilaǰu tegüs nögcigsen burqan ananda-luɣ-a nigen-e binwad-tur oduɣsan-dur tergegür-tür inu nigen kedün öčüken köbegün, sang-un ger ba bayising kiged-i bosqaǰu erdenis-ün sang-i toɣolaǰu naɣadun saɣun amui. Nigen köbegün inü Burqan-i qola-ača ireküi-yi üǰeǰü masi bayasuɣad "buyan ergüsügei" kemen sedkiǰü, siroi-bar sang bolɣan talbiɣsan tere siroi-eče nigen adɣu siroi abuɣad burqan-dur ergübesü, köbegün öčüken-ü tula ese kürbei, tere köbegün, tere köbegün-iyen "či böküyiǰü bayiɣdaqui, bij činü deger-e gisgiǰü ene siroi-yi badir ayaɣan-dur kisügei" kemen ögülegsen-dür, tere köbegün tegünü üge-ber böküiǰü bayiɣsan-dur, tere köbegün tegünü mörön deger-e ɣaruɣad, nigen adɣu siroi-yi Burqan-dur ergüküi-dür, burqan ber emüne-eče uɣtuǰu badir ayaɣ-a-dur-iyan kilgeǰü abubai. Abuɣad Ananda-dur ögču, "či ene siroi-yi nuquǰu süm-e-yin keyid-tür sürčigdeküi" kemen ǰarlig boluɣad, "Ananda a, ene öčüken köbegün bayasɣulang sedkil-iyer nadur adɣu dügüreng siroi ergügsen egüni süm-e-dür sürčigsen-ü buyan-u ači-bar nirwan bolǰu, ǰaɣun on boluɣsan-u qoyina tere köbegün Ašoka neretü qaɣan bolun töröǰü, böküyiǰü bayiɣsan köbegün tegün-ü tüsimel bolun töröǰü, Čambutiib-i eǰeleged, ɣurban erdenis-ün erdem-üd-i qamuɣ-tur aldarsiɣulǰu bür-ün. Šaril-dur ber delgerenggüi-e takimui ǰ-e. Čambutiib-tur ber naiman tümen dörben mingɣan suburɣan-i nigen čaɣ-tur egüdkü boluyu" kemen ǰarliɣ boluɣsan-dur, Ananda bayasun bisireǰü, ilaǰu tegüs nögčigsen Burqan-a eyin kemen öčibei "tegünčilen iregsen Burqan erte yambar buyan üyiledügsen-iyer šaril-dur ber tedüi suburɣan egüdkemüi" kemen öčibesü, Burqan ǰarliɣ bolur-un: "sayitur sonosuɣad oyun-dur-iyan toɣtaɣaɣdakui, bi čimadur nomlasuɣai: erte toɣ-a tomsi ügei kalab-un urida anu ene čambutiib-tur takin čidaɣči neretü qaɣan bülüge. Tere qaɣan-dur naiman tümen dörben mingɣan öčüken qad bülüge, tere qaɣan-u caɣ-tur burs-a neretü Burqan yirtinčü-dür ögede bolǰu iregsen-dür, tere qaɣan-u tüsimel-luge selte dörben ǰüyil kereglegdekün-i beledüged, Burqan ba ayaɣ-qa tegimlig-üd-ün quwaraɣ-ud-tur ergübei. Tere cag-tur tere qaɣan ba ulus-dakin qamuɣ kümüs inü nasu turqaru Burqan-i takin mörgöged ergün kündülemüi ǰ-e. Busud öčüken qad anu buyan-i ülü üyiledkü aǰuɣu, tedeger kiǰaɣar-taki öčügen qad ba ulus irgen-i nom-dur oroɣulqu-yin tula 'Burqan-u körög-i ǰiruǰu öčüken qad-tur ögsügei' kemen sedkiǰü, olan ǰiruɣacin-i quriyaǰu ǰarliɣ bolur-un: 'ta bügüde Burqan-u bey-e-yi sayitur ǰiruɣdaqui' kemen ǰarliɣ boluɣsan-dur, tedüi tedeger ǰiruɣačin anu Burqan-u nidün-ü nidte oduqad, Burqan-u belge-yi üǰeǰü ǰiruqui-dur-iyan belge-yi ǰirubasu nigen-i adali ese boluɣsan-dur, ǰiruɣačin anu ǰiruǰu ese čidabai. Tedüi Burqan öber-iyen buduɣ-ud beledüged, nigen körög-i ǰiruǰu öggügsen-dür, tedeger ǰiruɣačid anu tere körög-i üǰeged, naiman tümen dörben mingɣan tegüs belge-tü körög-üd-i ǰiruǰu, öčüken qad tutum-dur niǰeged tutum körög-i ögčü ilegeged, eyin tungqaɣ tarqabai: 'ta qad ba qamuɣ ulus irgen bügüdeger edeger Burqan-i bey-e körög-i čečeg-üd-iyer ba küǰis-iyer ba qamuɣ kereglegdekün-iyer takigad mörgögdeküi' kemen tungqaɣ tarqaɣaɣsan-dur, tedeger ulus irgen inü tegünčilen iregsen-ü bey-e-yin körög-i üǰeged masi bayasun bisireǰü ergün kündülen takibai. Ananda a, tere caɣ tere učir-daki gegegen čidaɣči qaɣan gemebesü edüge bi buyu ǰ-e. Tere caɣ-tur naiman tümen dörben mingɣan tegünčilen iregsen-ü bey'e-yi ǰiruǰu qamuɣ öčüken qad-tur öggügsen buyan-i ači-bar qab qamiɣ-a töröbesü, degedü iǰaɣur-tu tngris qaɣan qurmusta bolun töröged, ǰisü öngge-lüge tegülder boluɣad, edüge ɣučin qoyar belge ba nayan sayin üliger-iyer čimegsen ilete tuɣulǰu, Burqan-u qutuɣ oloɣsan bülüge. Nirwan bolbasu ber šaril-dur, naiman tümen dörben mingɣan suburɣan egüdgegülüyü." Burqan teyin kemen ǰarliɣ boluɣsan-dur, Ananda ba olan nököd ilete bayasču daɣan bisirebei.

et en cyrillique (quelques choix dans la cyrillisation de certains mots sont sans doute discutables).

Ашока хааны зүйл
Ийн хэмээн миний сонссон нэгэн цагт, Ялж төгс нөгцсөн Бурхан нь Ялгуугч хан хөвгүүний цэцэрлэгт Итгэлгүй идээн өглөгтийн баясгалангийн хүрээнд суун авай. Тэр цагт Ялж төгс нөгцсөн Бурхан Ананд лугаа нэгнээ бинваадад одсонд тэргүүрт нь нэгэн хэдэн өчүүхэн хөвгүүн, сангийн гэр ба байшин хийгээдийг босгож эрдэнэсийн санг тоолж наадан суун амуй. Нэген хөвгүүн нь Бурханыг холоос ирэхийг үзэж маш баясаад "Буян өргөсүгэй" хэмээн сэтгэж, шороогоор сан болгон тавьсанд тэр шорооноос нэгэн атга шороо аваад Бурханд өргөвөөс хөвгүүн өчүүхний тул эс хүрэв, тэр хөвгүүн, тэр хөвгүүнээ: "Чи бөхийж байгдах! Би чиний дээр гишгэж, энэ шороог бадар аяганд хийсүгэй" хэмээн өгүүлсэнд, тэр хөвгүүн түүний үгээр бөхийж байсанд, тэр хөвгүүн түүний мөрөн дээр гараад, нэгэн атга шороог Бурханд өргөхүйд, Бурхан бээр өмнөөс угтаж бадар аягандаа хийлгэж авав. Аваад Анандад өгч, "Чи энэ шороог нухаж (ухаж) сүмийн хийдэд сүрчтүгэй!" хэмээн зарлиг болоод, "Ананд аа! Энэ өчүүхэн хөвгүүн баясгалан сэтгэлээр надад атга дүүрэн шороо өргөсөн үүнийг сүмд сүрчсэний буяны ачаар нирваан болж, зуун он болсны хойно тэр хөвгүүн Ашока нэрт хаан болон төрж, бөхийж байсан хөвгүүн түүний түшмэл болон төрж, Замбутивийг эзлээд, гурван эрдэнэсийн эрдмүүдийг хамагт алдаршуулж бүрүүн. Шарилд бээр дэлгэрэнгүйеэ тахимуй за. Замбутивд бээр найман түмэн дөрвөн мянган суваргыг нэгэн цагт үүдэх болъюу" хэмээн зарлиг болсонд, Ананд баясан биширч, Ялж төгс нөгчсөн Бурханаа ийн хэмээн өчив "Түүнчилэн ирсэн Бурхан эрт ямбар буян үйлдсэнээр шарилд бээр төдий суварга үүдмүй" хэмээн өчвөөс, Бурхан зарлиг болруун: "Сайтар сонсоод оюундаа тогтоотугай, би чамд номлосугай: Эрт тоо томшгүй (галвын) урьд нь энэ Замбутивд Тахин чадагч нэрт хаан бөлгөө. Тэр хаанд найман түмэн дөрвөн мянган өчүүхэн хаад бөлгөө, тэр хааны цагт Бурса нэрт Бурхан ертөнцөд өөд болж ирсэнд, тэр хааны түшмэл лүгээ сэлт дөрвөн зүйл хэрэглэгдэхүүнийг бэлдээд, Бурхан ба аяга тэхимлигүүдийн хуврагуудад өргөв. Тэр цагт тэр хаан ба улс дахь хамаг хүмүүс нь нас турхар Бурханыг тахин мөргөөд өргөн хүндэлмүй за. Бусад өчүүхэн хаад нь буяныг үл үйлдэх ажгуу, тэдгээр хязгаар дахь өчүүхэн хаад ба улс иргэний номд оруулхын тул 'Бурханы хөрхийг зурж өчүүхэн хаадад өгсүгэй' хэмээн сэтгэж, олон зураачийг хурааж зарлиг болруун: "Та бүгд Бурханы биеийг сайтар зуртугай" хэмээн зарлиг болсонд, төдий тэдгээр зураач нь Бурханы нүдний нит одоод, Бурханы бэлгийг үзэж зурахдаа бэлгийг зурваас нэгнийг адил эс болсонд, зураач нь зурж эс чадав. Төдий Бурхан өөрөө будгуудыг бэлдээд, нэгэн хөргийг зурж өгсөнд, тэдгээр зураачид нь тэр хөргийг үзээд, найман түмэн дөрвөн мянган төгс бэлгэт хөргүүдийг зурж, өчүүхэн хаад тутамд нэжгээд тутам хөргийг өгч илгээгээд, ийн тунхаг тарха(а)в: 'Та хаад ба хамаг улс иргэн бүгдээр эдгээр Бурханы бие хөргийг цэцгүүдээр ба хүжсээр ба хамаг хэрэглэгдэхүүнээр тахиад мөргөтүгэй' хэмээн тунхаг тарха(а)санд, тэдгээр улс иргэн нь Түүнчлэн ирсний биеийн хөргийг үзээд маш баясан биширч, өргөн хүндлэн тахив. Ананд аа, тэр цаг тэр учир дахь Гэгээн чадагч хаан хэмээвээс өдгөө би буюу за. Тэр цагт найман түмэн дөрвөн мянган Түүнчлэн ирсэн Бурханы биеийг зурж хамаг өчүүхэн хаадад өгсөн буяны ачаар хав хаана төрвөөс, дээд язгуурт тэнгэрс хаан Хурмаст болон төрөөд, зүс өнгө лүгээ төгөлдөр болоод, өдгөө гучин хоёр бэлгэ ба наян сайн үлгэрээр чимсэн илт туулж, Бурханы хутаг олсон бөлгөө. Нирваан болвоос бээр шарилд, найман түмэн дөрвөн мянган суварга үүтгүүльюү." Бурхан тийн хэмээн зарлиг болсонд, Ананд ба олон нөхөд илт баясаж даган бишрэв.

Notes

[1] Tel est le sens littéral de la version mongole, traduite du tibétain bCom ldan 'das, de l'épithète Bhagavant (nominatif Bhagavān) soit 'Seigneur' en sanskrit, accordé au Bouddha.

[2] En pali Anāthapindida, riche marchand devenu bénéfacteur et disciple du Bouddha, pour qui il acheta le terrain où il fit ériger un monastère. D'autres textes mongols se limitent à transcrire le nom sanskrit (BJR vanaada bindadi) ; celui-ci le traduit, par l'intermédiaire du tibétain, 'bénéfacteur des sans-protection'.

anathapindada

Le don d'Anāthapiṇḍada (dans Hutchinson's story of the nations, via Wikimedia Commons)

[3] Le Jetavana, redécouvert par Cunningham, est aujourd'hui un parc et lieu de pélérinage. Jeta (le texte mongol traduit aussi ce nom : 'prince victorieux'), l'ancien propriétaire de ces terres, était d'abord réticent à la transaction et s'y opposa jusqu'à ce qu'on lui offrit autant d'or qu'il fallât pour en couvrir le terrain. Quand la somme reversée attint une certaine chiffre (énorme), il fut assez ému pour l'investir à son tour dans la construction d'un portail majestueux pour le nouveau monastère.

[4] Ici le texte mongol utilise un mot emprunté (binwad) au sanskrit (< piṇḍapāta ? au moins quelque chose avec piṇḍ-) pour traduire le tibétain bsod snyoms 'aumône'.

[5] Ānanda, dans le texte chinois 阿難 Ānán ou Ēnán, en tibétain Kun dga' bo, le 'tout-joyeux', disciple du Bouddha et souvent son compagnon de route pendant ses périples, donc son interlocuteur dans des récits comme celui-ci.

[6] Sang-un ger, mot à mot 'maison aux trésors', dans le tibétain bang mdzod. L'original chinois : 及作倉藏財寶五穀 'et faisaient un magasin, cumulaient des richesses et les cinq céréales'.

[7] Le chinois est plus expansif : l'enfant, empreint d'un sentiment de vénération, se mit à sautiller d'une grande joie, et conçut l'idée de faire don d'une poignée des « céréales  » contenues dans le magasin de leur jeu. Dans l'Aśokāvadāna les enfants s'appellent Jaya et Vijaya (ekasya jayo nāma dvitīyasya vijayaḥ, dans l'Ayu wang jing 德勝 Déshèng et 無勝 Wúshèng).

[8] Après rentrer de leur tournée d'aumône (selon le texte chinois), Bouddha ordonne d'utiliser cette terre offerte pour enduire le sol du temple.

[9] Ce pronom est explicite dans le texte chinois.

[10] Chinois 阿輸迦 Āshūjiā (chinois moyen (notation de Baxter) 'a syu kae, suivant une stratégie de transcription alternative à la plus usuelle 阿育 Āyù, chinois moyen 'a yuwk, où la vélaire du nom sanskrit devient la finale du chinois). Le tibétain transcrit a sho ka ; il existe aussi un nom traduit, mya ngan med, 'sans souffrance'.

[11] Le « continent  » habité par les êtres humains tels que nous ; le conquérir équivaut donc à conquérir le monde. Autre ce continent, le « monde du désir  » en contient aussi trois autres, peuplés par des gens d'énorme taille et longévité, et en tout cas n'est qu'un coin infime, et relativement peu confortable, de l'univers de la cosmologie bouddhiste. Il est pourtant le seul où il est possible d'atteindre l'illumination et abandonner le cycle des transmigrations. On peut naître dans des mondes plus hauts, mais on n'y passe que quelques générations : tôt ou tard on épuise son karma et renaît ici bas.

Le nom sanskrit de ce continent, que les autres langues transcrivent, veut dire 'île du jamelonier', arbre aux baies bleues, comestibles qui atteint 30 mètres à la Réunion mais dont l'exemplaire situé dans le centre du continent excède les cent kilomètres de hauteur.

jamblon

Syzygium cumini (L.) Skeels dans l'Herbier d'Amboine de Rumphius (via plantillustrations.org)

[12] Les Trois Joyaux (skr. triratna, ch. 三寶 sānbǎo, tib. dkon mchog gsum, mongol ɣurban erdeni(s) гурван эрдэнэ/с/)), à savoir le Bouddha, le Dharma ou enseignement bouddhique et le Sangha ou communauté, refuge et guide de ceux qui cherchent l'illumination bouddhiste.

[13] Le mot mongol pour 'relique' (šaril шарил), ainsi que le chinois 舍利 shèlì (Baxter syaeH lijH) reprend le sanskrit śarīra. Le tibétain le traduit ring bsrel.

[14] Le stūpa, dans son origine indienne un monument évoquant un tumulus et destiné à abriter une relique, évolue avec l'expansion du bouddhisme et devient le chorten (mchod rten) tibétain et la pagode (塔 ) chinoise.

Le mot sanskrit a, outre ce sens relativement tardif de 'tertre', un autre, attesté déjà dans le Rig-Véda, de 'touffe' de poils ou de cheveux. Ici par exemple (RV VII.2.1c) : úpa spr̥śa diviyáṃ sā́nu stū́paiḥ, Grassmann 'Des Himmels Gipfel streif mit deinem Haarbusch', Geldner 'Rühre an die himmlische Höhe mit deinen Haarschöpfen' ; Griffith n'a pas compris ('Touch the celestial summits with thy columns'), Langlois (5.2.1.1c) non plus.

Avec un sens général (d'après Kuiper) de 'houppe' (comme celle d'Agni, qui touche la voûte céleste), 'mèche' ou 'épi' de poils, cheveux, laine, ce stūpa védique (ou ses variantes stupa, stukā désignant une 'protuberance de la toison' aurait pu devenir plus tard une 'protuberance du terrain'. Quoi qu'il en soit, l'étymologie du mot est intrigante. Une hypothèse le fait dériver de la racine indoeuropéenne *steu-, ce qui apparenterait stūpa avec des mots français tels que « stupide  » ou « étudier  » (hélas non pas avec « touffe  », cognat de l'anglais top, l'allemand Zopf 'tresse').

Une hypothèse plus récente dément le lignage indoeuropéen et voit dans stūpa un mot exclusivement indo-iranien, possiblement emprunté à une langue du substrat pre-indoeuropéen.

Le mot mongol pour 'stoupa', suburɣa(n), est, lui aussi, un emprunt. Une origine turquique (atteignant le mongol via l'ouighour) semble généralement acceptée. Le mot turque à son tour vient de l'iranien : l'etymologie la plus courante, due à Henning, remonte à un mot sogdien *zmrɣ'n (p. 792 chez Clauson). Une autre, attribuée à Gauthiot dans le Traité manichéen de Pelliot et Chavannes, proposant l'iranien spur-xān 'demeure de perfection', semble discréditée.

Le chinois 塔 (chinois moyen thap) est un emprunt indien (cf. pali thūpa), tandis que le tibétain mchod rten (parfois épélé "chörten") est un mot natif, littéralement 'base du culte'.

[15] Intervalle de temps énorme commun dans la tradition indienne. La durée exacte d'un kalpa dépend de la source, et généralement chaque système comporte plusieurs types de kalpas de durées différentes, souvent des millions ou milliers d'années.

Le mot mongol est simplement une transcription du sanskrit. Le tibétain est un emprunt aussi, mais épélé bskal pa avec une racine native (on attribue cette orthographe au traducteur Blo gros dpal (XIVe siècle)). On s'est demandé si une certaine superposition de sens entre le tibétain skal et la racine sanskrite sous-jacente dans kalpa ne pourrait en fait avoir motivé cette orthographe ; dans ce cas on serait face à ce qu'on appelle phono-semantic matching ou (Hagège) « emprunt-calembour  », où l'on construit les sons du mot étranger avec des éléments natifs à la sémantique similaire. C'est le cas de l'islandais uppi 'yuppie' ou tækni 'technologie', et bien-sûr ce qu'on essaie de faire tout le temps en chinois : 雷達 léidá, 'radar' ou 'éclair-atteindre'.

[16] Ou plutôt un seul kalpa, mais à durée maximale : un asaṃkhyeya-kalpa, littéralement 'incalculable', qui, selon la source, dure entre 1047 et, selon le Gaṇḍavyūha, 107×2125 < 101038 années. 107×2125 est beaucoup : si on remplaçait chaque atome de l'univers connu par un univers avec autant d'atomes, puis chaque atome de l'univers ainsi obtenu par un univers de même taille, et on répétait ce processus une centaine de fois, on aurait encore bien moins que 107×2125 atomes (parce que 2100 < 1035, d'où (10100)2100 < 101037 qui est moins qu'un asaṃkhyeya ; l'univers connu contient moins de 10100 atomes). C'est pourtant moins que des chiffres encore plus élevés trouvés dans le Gaṇḍavyūha ; et moins aussi que la « tétration  » ou hyperpuissance 222222 = 62 = 2^^6.

Dans le texte chinois on a 阿僧祇劫 ēsēngqí jié (moyen 'a song gjie kjaep), une transcription du sanscrit. Le tibétain et le mongol traduisent 'sans nombre', ce que réflètent les versions de Schmidt et Parfionovitch.

[17] Un nom problématique. Dans deux passages du récit, le mongol traduit le tibétain gsal thub de deux façons différentes : Gegegen čidaɣči (Гэгээн чадагч) et Takin čidaɣči (Тахин чадагч). Le nom chinois 波塞奇 Bōsèqí (moyen pa sok gje) à l'air d'être une transcription ; mais on ignore de quel mot, ou de quelle langue.

Mair a remarqué que la terminaison -i dans des transcriptions chinoises de noms sanskrits en -a, souvent trouvée dans ce soutra, est caractéristique d'une prononciation centre-asiatique du sanskrit ou des prakrits septentrionaux, et fait penser à une langue telle que le khotanais comme intermédiaire dans la transmission du soutra d'Inde en Chine.

Mair propose 塞奇 < -saka. Le préfixe 波 reste inexpliqué.

Le nom tibétain reste transcrit dans l'allemand de Schmidt (Ssalthub) et le russe de Parfionovitch (Сэльтхуп).

[18] L'un des "Bouddhas du passé", ayant atteint l'illumination dans des ères précédentes à la nôtre. Un et un seul homme devient Bouddha dans chaque ère ; des traditions veulent une succession suite avant et après Gautama, le Bouddha historique, mais on ne donne que les noms de son succésseur immédiat (Maitreya) et ses derniers vingt-sept (dans le Buddhavaṃsa), soit dix (par exemple dans le "Soutra de la guirlande" Avataṃsaka-sūtra) prédécesseurs. Cettes listes son généralement d'accord sur le septième avant Gautama, qui est bien notre Puṣya.

Les trois langues du texte transcrivent le nom sanskrit : le chinois a 弗沙 Fúshā (moyen pjut srae ; on se souvient que sr- chez Baxter désigne une rétroflèxe), le mongol Burs-a, le tibétain Bur-sha (Lhasa) ou Paru-sha (Dergé ; coquille ?).

Quelle que soit l'orthographe, ce qui est curieux dans le nom tibétain est le fait d'utiliser une transcription et non une traduction. L'Avataṃsaka-sūtra, comme on vient de dire, contient une liste de dix Bouddhas passés, mais dans la version tibétaine leurs noms sont traduits.

Schmidt et Parfionovitch transcrivent : Burscha, Пурша.

[19] Les quatre besoins (pariṣkāra) fondamentaux d'un moine, nourriture (ou bol à aumônes), vêtements, logement et rémèdes.

[20] Je transcris (ayaɣ-qa) tegimlig (BJR tagimlig), mais d'autres lectures existent : takimlig (apparemment standard en Mongolie Intérieure) et tekimlig (impliquée par la forme cyrillique тэхимлиг, que j'ai préférée dans la cyrillisation du texte). Il s'agit d'un emprunt de l'ouïghour.

[21] Nasu(n) turqaru (нас(ан) турхар) 'toute sa vie' traduit ici le tibétain rtag-tu 'toujours', comme par exemple dans le Bodhicaryāvatāra 3.20. Ce turqaru est aussi d'origine turquique.

[22] C'est plus clair dans la version chinoise : « Ils venaient à côté du Bouddha, regardaient bien sa figure, et, désirant la peindre, ils arrivaient à peindre correctement une partie, mais oubliaient le reste ; alors ils regardaient à nouveau, et une autre fois ils se mettaient à travailler une autre fois pour oublier un et peindre un.  »

[23] Indra, chef du panthéon védique, dans le bouddhisme préside le ciel Trāyastriṃśa ou 'des trente-trois'.

Le texte chinois ne mentionne pas Śakra explicitement : « parmi les gens des cieux, [Puissant-éclairé, succéssivement réincarné après l'histoire des peintres] était toujours l'empereur.  »

Le nom tibétain brgya byin traduit l'épithète śatakratu, l'honnoré par 'cent sacrifices'.

Le mongol Qormusda vient, via l'ouighour, du sogdien xwrmzt' (Gharib 10754, p. 437), nom d'Ahura Mazda.


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